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Bagosse

150e anniversaire de la « Taverne à Maxime »  À St-Hilaire

Le 16 août dernier a eut lieu le pique-nique du village de Saint-Hilaire jumelé à la journée de la Bouille de  la  « Bagosse ».  Parmi  l’un  des événements  à  souligner,  nous  avons  appris  au  cours  des  dernières semaines que la « taverne à Maxime » en arrivait à l’âge vénérable de 150 ans.

Le  complexe  Maxime  Albert  est  reconnu  comme  un  lieu important  du  commerce  d’alcool  pendant  la prohibition  des  années  1920-1930.  Dans  la  maison  construite  en  1865,  on  y  confectionnait  un  alcool maison  localement  appelée  «  bagosse  »  qui  est  toujours  une  tradition  au  village.  Son  architecture vernaculaire reflète la méthode de construction d’époque étant construite pièce sur pièce. La maison de 1895 était la résidence familiale de Maxime Albert. Elle est un bon exemple d’architecture vernaculaire des maritimes de cette époque. Maxime Albert aurait été à la tête d’un important réseau de  contrebande  d’alcool.  À  cette  époque,  Maxime  Albert  aurait  même  transigé  avec  des  personnages célèbres  tels  Al  Capone  et  Sam  Bronfman.  Homme  d’affaires  très  influent,  Maxime  Albert  était  très généreux  pour  sa  communauté.  Il  donna  un  terrain  pour  la  construction  du  presbytère  et  aurait également  contribué  financièrement  à  la  construction  de  l’église  du  village.  Cette  maison  représente l’histoire  peu  commune  du  village  de  Saint-Hilaire. Elle  est  un  véritable  symbole  de  l’âge  d’or  de  sa communauté.

Malgré  une  participation  mitigé  aux  activités  familiales,  la  municipalité  entent  revenir  avec  d’autres activités  pour  faire  revivre  la  vie  de  quartier  et de  bon  voisinage  au  centre  de  loisirs  de    la  petite municipalité. Pour ce faire, nous devrons probablement aller chercher la collaboration de citoyen pour nous  aider  à  comprendre  la  nouvelle  réalité  d’aujourd’hui  et  tenté  d’instaurer  de  nouvelles  façon  ou activités  qui  sauront  regrouper  nos  citoyens.  Le  maire  M.  Roland  Dubé  se  dit  toutefois  heureux  de  la belle journée que nous avons eut et remercie la Ministre, l’Honorable Francine Landry de sa visite afin de partager un « p’tit coup » de notre histoire. Nous vous invitons à surveiller nos activités à venir et à venir y participer.

 

Maxime Albert

 

Retrouver le passé pour s’en libérer

Une merveilleuse visite dans notre passé a eu lieu lors de l’exposition « Saint-Hilaire à l’heure de la prohibition » qui a débutée en août 2013, au Musée historique du Madawaska. Cette époque réfère à une période mouvementée où la fabrication artisanale et la vente non règlementée de boissons alcoolisées était interdite. Au Madawaska, ça se passe de 1917 à 1933. Aujourd’hui, ce voyage dans le passé est sur le point de se terminer avec l’arrivée d’avril.

Lors de ma démarche pour trouver des artefacts à exposer, j’ai eu l’occasion de parler avec plusieurs prêteurs ou donateurs. J’ai écouté le récit d’aventure d’une automobile Dodge 1937, conté par son propriétaire – ça c’est passé dans le feu de l’action! (Elle a failli brûler). J’ai aussi entendu la petite histoire d’une cruche ayant servi pour la bagosse à Baker-Brook; découvert la légende qui enveloppe le complexe Maxime-Albert, à Saint-Hilaire; et entrevu le secret d’une canisse d’alcool cachée dans la maison d’un contrebandier. Passionnantes, les astuces des « bootleggers »!

J’ai même rencontré une légende vivante : Élude Landry. Monsieur Lude, c’est un bon raconteur qui peut en dire long sur les alambics. L’alambic, si convoité pour l’exposition et si peu évident à retrouver, est au centre de plusieurs témoignages.

Loin d’élaborer un cours d’histoire, je partage ici un cas vécu. Je n’écris pas à titre de recherchiste. Je le fais pour donner la parole à un témoin du passé. Le témoignage est livré par une personne de notre région, dont je vais par respect garder l’anonymat. L’aventure se déroule à Lac-Baker.

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arrete

Cet alambic appartenait à mon père, R. A. Il ne fabriquait pas de la bagosse pour vendre, mais pour la famille et les amis. J’avais trois ans quand la police s’est présentée chez nous, pour poser des questions là-dessus. Le bruit avait couru que mon père faisait de la boisson, probablement après qu’un jaloux ait parlé.

Le policier à la porte avait comme six pieds de haut, je le regardais la tête par en-arrière. J’étais impressionné. Mon grand-père aussi était grand comme ça, un grand de six pieds. Ma mère se dépêchait de vider les bouteilles, au deuxième étage. Je ne savais pas qu’il fallait gagner du temps, alors je l’appelais : « Maman, maman, maman, maman, maman! » Je m’en rappelle encore avec clarté. Ma mère ne comprend pas que je m’en souvienne, elle me dit : « Tu avais seulement trois ans! »

Après ça, mon père a caché l’alambic sur sa terre dans le Grand Reed, par peur qu’il ne soit découvert. Il aurait pu avoir une « fine ». Sauf que, il a oublié où il l’avait caché. Je lui avais demandé où c’était, mais il ne s’en rappelait vraiment plus.

J’ai alors demandé à mon oncle de regarder pour, quand il irait à la chasse sur sa terre. Il a trouvé le « coil » et me l’a rapporté. Il n’avait pas retrouvé l’alambic. Je me suis dit que l’alambic devait être proche de l’endroit où il a trouvé le « coil », alors je lui ai demandé de me montrer où c’était. L’alambic était là, mais il avait été complètement aplati après qu’une débusqueuse ait passé dessus. Mon cousin a proposé de l’arranger, pour lui rendre sa forme originale. Il a dessoudé le « top », l’a débosselé, et ressoudé les pièces ensemble. Puis, il a rajouté de la peinture couleur cuivre par-dessus.

Je l’ai apporté à mon père un fois réparé. Les larmes de mon père coulaient à ce moment-là. Il ne pouvait pas le croire. (D’après interview, Lac-Baker, NB, 20 juillet 2013)

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Je trouve dommage, au cours de la restauration de cet alambic, que la bonne personne qui l’a réparé a trouvé le cuivre trop vert-de-gris. Son état bien oxydé témoignait, à mes yeux, de son passé chargé.

Comme on le sait déjà, la mémoire est une faculté qui oublie. Surtout s’il s’agit d’une personne qui s’est sentie menacée et qui a eu peur des démêlés avec les policiers. Face à la crainte, oublier devient une motivation puissante! La tradition orale a aussi ses limites.

L’histoire existe pour s’en rappeler. J’ai l’impression que retrouver une partie de son passé à dû être une véritable libération pour ce père et sa famille. Pouvoir faire enfin la paix avec le passé, et s’en libérer. J’en suis heureuse pour eux et je leur témoigne tout mon respect.

France Smyth, recherchiste
https://www.facebook.com/museehistoriquemadawaska?fref=ts

Photos jointes : Automobile Dodge 1937 (Pour replonger dans l’époque, imaginer les poursuites de voitures entre policiers et contrebandiers)

Bureau d’un policier fictif qui enquête sur Maxime Albert et Alfred Levesque (Mise en scène pour créer une ambiance, avec un vrai bureau de la douane)

Artefact exposé dans la salle du Patrimoine. À la lumière du témoignage, vous pourrez sans doute deviner ce que c’est!

Alambic et serpentin, qui laissait s’échapper la vapeur. Le serpentin, était, un peu plus loin, entouré d’un contenant d’eau très froide, qui avait pour effet de liquéfier la vapeur et de là, l’alcool. - Voir Revue de la Société historique du Madawaska, Vol. IX Nos 3-4, sept.-déc. 1981.

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Qu'est-ce que ?

Bagosse - Flacatoune

 

Le mot bagosse désigne l'alcool maison distillé clandestinement, très populaire durant la période de la Prohibition. Le mot a donné son nom à l'un des quartiers d'Edmundston, le Bagosse Town. L'origine du mot n'est pas claire; il pourrait venir de bagasse, la tige de la canne à sucre. Une fois qu'on en a extrait le jus, on peut la faire fermenter pour produire une eau-de-vie qui s'appelle le tafia, du rhum bon marché. D'autres mots que bagosse sont utilisés pour nommer ce genre d'alcool. On emploie aussi le mot flacatoune, qui signifierait le flasque à Toune ou la gourde à Toune, Toune étant le sobriquet d'une personne. D'autres emploient le mot anglais moonshine, boisson fabriquée au clair de lune en secret, et non en plein jour.

 

La Prohibition - naissance de la République du Madawaska

Le Madawaska se distingue encore par son attitude face à l'alcool. En 1916, le Madawaska, le Victoria, la Restigouche, le Gloucester et la ville de Saint-Jean permettent encore la vente d'alcool. Mais c'est déjà le régime sec pour 80 % de la population du NB et cette année là, le Madawaska devient alors un lieu de passage important du commerce illégal de l'alcool, entre les îles Saint-Pierre et Miquelon et les États-Unis. Des gangs locaux brassent de grosses affaires. Leurs chefs sont Maxime Albert de Saint-Hilaire, Fred Levesque d'Edmundston et Albénie J. Violette, alias Jos Walnut de Saint-Léonard. Ailleurs au NB, on commence à surnommer ironiquement notre région la République du Madawaska.

 

Alfred J. Levesque -

le sympathique bootlegger

 

Les anecdotes à son sujet sont innombrables et savoureuses. Par exemple, on raconte que Levesque déguisé en délégué du Pape et accompagné de nombreux faux prêtres aurait réussi à transporter de l'alcool en voiture ici même sur le pont international. On dit aussi qu'il se fabrique, responsable des activités financières de l'église, pour importer de l'alcool clandestinement à travers des matériaux de construction de l’église. En échange, il contribue 25 000$ à la construction de l'église de Saint-Hilaire et probablement autant à celle de Baker-Brook. Il décède à l'âge de 58 ans, en 1951. Plus de 1 000 personnes assistent à ses funérailles à la cathédrale d'Edmundston.

 

 

Bootlegger - mettre une bouteille le long de sa jambe dans ses larrigans

 

Le mot bootlegger - d'où provient le bootlegging - apparaît officiellement dans l'État de l'Oklahoma en 1889. Mais son origine serait plus proche de la frontière canado-américaine sur la côte Est. C'est une pratique courante des travailleurs forestiers de placer une bouteille de rhum dans leurs larrigans - sorte de mocassins de cuir imperméable, dont le haut de la jambe est ample. Bootlegging veut dire «faire de la contrebande», mais il signifie aussi «revendre de l'alcool illégalement».

 

 

Légendes

 

Ce clou aurait servi à la fixation du rail de train pouvant permettre de rouler l'alambic au fond de l'eau lors de l'arrivée des policiers.

 

 

 



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